26.04.2008

Saison 1, Episode 4 : Fanny

Cette fois-ci, Fanny eût-elle eu l'envie d'abandonner la partie qu'il était trop tard. Enfin, il n'est jamais trop tard, elle était encore sur le quai de la gare de Marseille St-Charles, à embrasser Thomas, ses parents, sa soeur Nathalie, et puis, elle avait un changement à Nice, elle pouvait aussi faire demi-tour, il n'était pas trop tard. Et dans l'absolu, il n'est jamais trop tard. Au fur et à mesure qu'on avance, la décision inverse devient de plus en plus source de conséquences non négligeables, mais en réalité, Fanny savait qu'elle voulait aller à Rome, se démontrer qu'elle pouvait s'assumer. Et puis, elle avait trouvé un appartement en colocation avec d'autres françaises, la solitude risquait de ne pas trop lui peser, quand bien même elle ne connaissait pas encore ses colocataires.
 
Avec Thomas, la dernière nuit n'avait pas été terrible. Elle n'était pas d'humeur, sexuellement. Thomas était triste, pour sa part. Elle l'était beaucoup moins, plus impatiente qu'autre chose, de se débarasser de cette corvée de la nuit de départ. On ne peut pas prétendre qu'elle n'était pas amoureuse de Thomas, mais indéniablement, elle ressentait des sentiments moins forts que Thomas lui-même. Son esprit était pris dans un faisceau de sentiments contradictoires. Elle était amoureuse de Thomas, donc, mais elle ne se voyait pas connaître une seule aventure sentimentale significative et puis se marier avec celle-ci. Elle sentait confusément que Thomas n'était pas le bon, car arrivé trop tôt, mais elle n'avait pas non plus envie d'arrêter. Peut-être le besoin de sentir que quelqu'un l'attendait à Aix pendant qu'elle était à Rome ? Sentir que même si elle prenait le petit risque de partir, chez elle, les choses resteraient immuables, et reprendraient leur cours dès son retour ? Ce qui était sûr, c'est qu'elle allait monter dans son wagon avec soulagement.
 
- Tu viens me voir souvent, Thomas, d'accord ?
- Je te le promets, ma belle...
 
Aucun des deux ne pensaient ce qu'ils disaient, en tout cas, pas le "souvent". Thomas avait un objectif dans sa vie : une femme sympa, mignonne et pas chiante, un boulot sympa et pas chiant, et du temps, beaucoup de temps pour faire de la musique. Et surtout, qu'on ne lui demande pas de déménager. Thomas, aux yeux de Fanny, avait beaucoup de qualités : brun avec une tignasse digne de ce nom qu'on peut prendre dans ses mains au moment de l'orgasme, un corps raisonnablement musclé, une conversation intéressante, un tempérament câlin. Mais il avait aussi des défauts qui lui posaient un vrai problème : il n'était pas du tout curieux de découvrir le monde, son petit monde se résumait en une ligne droite allant de Aix à Marseille et quelques plages alentours et c'était très bien comme ça, et il était d'une jalousie maladive. Ainsi, les décolletés et les chaussures à talon étaient désormais quasiment interdits à Fanny, de même que parler, rire avec un autre homme.  Elle luttait contre ça, bien sûr, ce qui créait d'inévitables frictions. Et donc, de ce point de vue, son départ pour Rome était un double défi à leur relation. Après tout, c'était un bon test, c'est le cas de le dire.
 
Elle monta dans le train, s'apprêtant à son long voyage : le départ était à 17h34, et elle n'arriverait à Rome que le lendemain à 9h33... Après son changement à Nice, elle n'était pas dans un train à couchettes, mais à compartiments, ce qui lui assurait de surcroît un voyage pénible. Il le fût encore plus que prévu car au fur et à mesure des arrêts du train dans des gares italiennes, son compartiment (comme les autres) se remplissait d'italiens dont, en moyenne, les techniques de drague peuvent s'avérer plus directes que dans les moeurs françaises. Fanny, de plus, abhorrait qu'un mec l'aborde sans la connaître avec l'intention évidente de la draguer. Et dans la nuit, entre deux demi-sommeils, ils furent 3 à tenter leur chance. Fanny n'était pas encore à l'aise avec sa pratique orale de la langue italienne. Elle n'était pas mal notée par ses professeurs, mais tenir une conversation courante en italien avec des natifs qui ne parlent de toute façon pas d'autres langues, même pas l'anglais, était encore un peu compliqué. Quoi qu'il en soit, là n'était pas la question, il ne fallait pas la faire chier, ils n'auraient rien d'elle, même pas son fabuleux sourire.
 
Il est temps de parler du sourire de Fanny. Elle mettait n'importe quel homme dans sa poche avec son sourire : Thomas, évidemment, son père, forcément, mais aussi les recruteurs ou les professeurs. Comment faisait-elle ? En fait, il s'agissait de la conjonction entre la taille de son visage, la forme de ce visage et, plus paradoxalement, un défaut dans la formation de sa mâchoire. Son visage était petit, des grands yeux, des joues rondes et une grande bouche. Les dents de Fanny avaient poussé de telles façon que celles de sa mâchoire supérieure étaient particulièrement grandes : blanches, belles et régulières, mais grandes. Mais également de telle façon que sa lèvre inférieure s'était retournée un peu pour finalement s'épaissir. On obtenait donc un sourire magnifique, dont on aurait vraiment dit qu'il montait jusqu'aux oreilles, faisant ressortir la blancheur de ses dents, l'opulence de sa lèvre et le rond de ses joues. Un sourire gourmand et généreux.
 
Même si les italiens qui se succédèrent devant Fanny comprirent relativement vite qu'il n'y avait rien à en espérer, ils restaient à faire semblant de tenir une conversation badine, histoire de ne pas perdre la face. Enfin, vers 3 heures du matin, Fanny put se mettre à somnoler. L'inconfort et le "tadam tadoum, tadam tadoum" du train sur les rails l'empêchaient de sombrer complètement, mais au moins ne passa-t-elle pas une nuit blanche et le temps s'accéléra quelque peu.
 
La gare de Rome était, au contraire d'elle, bien réveillée, mais le soleil de printemps, visiblement en avance dans cette partie de l'Italie, la rassura. Une ville si ensoleillée à cette époque de l'année ne peut que s'avérer accueillante. Elle prit le bus pour rejoindre sa "nouvelle maison".
 
Thomas, lui, se levait tout juste, dans une sorte d'irréalité. La jeune femme qu'il voyait tous les jours ou presque, il avait dû rêver qu'elle était partie pour Rome pendant 6 mois. Cet après-midi, après ses cours, ils allaient se retrouver 1 heure ou 2 comme souvent, voire plus si Fanny était bien lunée... Mais en fait, non, ils n'allaient pas se retrouver. Elle lui avait promis de l'appeler dès qu'elle serait arrivée à son nouveau chez elle. A l'heure qu'il était, elle devait être arrivée à Rome, mais elle avait estimé qu'il lui faudrait encore au moins une heure de plus avant qu'elle ne l'appelle. Comment gérer cette absence ? Thomas ne se sentait pas vraiment déprimé, mais pour le moins, ce matin, on peut dire qu'il manquait d'envies. Même sa guitare ne semblait pas en mesure de le consoler. Ses parents étaient partis travailler depuis une bonne heure maintenant, il était seul pour toute la matinée, et sans doute pour toute l'après-midi car il se voyait bien sécher ses cours.
 
Alors qu'il végétait distraitement en zappant d'une chaîne à l'autre tout en buvant son café, son portable sonna. Fanny.
 
- Allo, Thom' ?
- Oui, c'est moi... Ca va, tu as fait bon voyage, pas de problèmes ?
- Non, non, ça va, je suis juste bien fatiguée, je crois que je vais me coucher.
- Comment est ton appart ? Tes colocs ont l'air sympa ?
- Je ne sais pas, j'en ai vu une, elle m'attendait pour partir en cours, elle s'est juste enfuit après m'avoir laissé mes nouvelles clés.
- Tu me manques déjà, tu sais ?
- Oui, toi aussi... bon, je vais me reposer un peu, d'accord ? Bisous...
- Bisous 
 
Au moins, elle avait appelé. On ne peut pas dire que la prise de contact dans la nouvelle situation avait été chaleureuse, mais elle avait pris le temps d'appeler. Thomas cherchait des raisons de positiver. Et puis, il reprit son activité en essayant de ne pas trop penser à tout cela...

23.04.2008

Saison 1, Episode 1 : Fanny

Décidément, la pénétration présentait ses avantages et ses inconvénients. Des avantages, à n'en pas douter, il y en avait. Enfin, quand Thomas prenait son temps... Mais il savait prendre son temps, en général. Des inconvénients, il y en avait aussi. Fanny ne comprenait pas pourquoi les hommes cherchaient à prolonger l'acte sexuel plus que de raison. Bon, ce n'était que le troisième homme à avoir le droit de s'aventurer dans son vagin, c'est vrai.

La première expérience, comme très souvent avait été très pénible. Non seulement elle n'avait eu aucun plaisir, non seulement, elle avait senti passer la douleur lorsque elle avait perdu définitivement sa virginité - quoique, de nos jours, tout est réparable - mais surtout, elle s'était fait jeté pour ainsi dire au saut du lit. Pourtant Fanny avait très jeune décidé de ne confier son intimité qu'à des hommes de confiance (bien que n'ayant pas encore tout-à-fait achevé de donner une définition très précise à l'expression "homme de confiance"). Elle avait décidé très jeune, mais n'avait pas agi spécialement jeune si elle devait comparer avec ses amies. Toujours est-il que son année de terminale s'en était durement ressentie.

Mais ce troisième homme, elle lui faisait confiance, et d'ailleurs, il le lui rendait bien. Ils apprenaient ensemble la sexualité. Cependant, la confiance ne donnait pas un accès all-inclusive au bonheur sexuel. Fanny ne savait pas forcément quoi faire du sexe de son ami quand il était en elle à part aller chercher son propre orgasme. Il est vrai que c'est déjà un objectif intéressant en soi. Et après ? "Allez, merde, Thomas, fais ton affaire, je m'emmerde, là". Bon, elle ne le disait pas, mais elle le pensait relativement fort. Et pourtant, elle ne détestait pas avoir une bite en elle après son orgasme. Mais une bite apaisée, oui, un sexe qui se calme en même temps qu'elle se calme.

Au fond, ce que préférait Fanny, dans le sexe, c'était les câlins. Son orgasme, s'il arrivait, ça lui allait bien, mais le reste, c'était un peu la corvée. Et finalement, à 20 ans, on découvre souvent la sexualité par un angle égoïste. Heureusement, Thomas était doux. Du reste, il avait bien compris que pour garder cette femme qui s'apprêtait à partir à l'étranger pour quelques mois, il valait mieux suivre son rythme. Et il en était amoureux, de cette femme. Cette femme ? Une jeune femme à vrai dire, voire une grande fille... Lui-même, à 20 ans également, n'était guère plus dégrossi. Quelques expériences à droite à gauche, rien de bien convaincant.

Et puis, il avait rencontré Fanny lors d'une soirée qui avait suivi un de ses concerts. En réalité, il avait commencé par faire connaissance avec le décolleté de Fanny. Et puis, avec les yeux de Fanny. Et puis, avec le sourire de Fanny. Fanny avait des avantages, mais pas plus que n'importe quelle belle fille de cet âge, à vrai dire. Elle était sexy en douceur, si cela peut expliquer son apparence. Un beau décolleté, pas trop profond, mais accompagné de ces fameux soutien-gorge push-up, qui mettaient inévitablement en valeur tout le matériel, des beaux cheveux quasiment noirs, de grands yeux noisettes, et une bouche d'une sensualité prometteuse. Le reste du corps était à l'avenant : ni grosse ni maigre, des petits pieds... Et elle avait surtout ce truc qui fait qu'on remarque une fille plutôt qu'une autre : un sourire énorme et attendrissant. Elle commençait à bien maîtriser le pouvoir de son sourire, d'ailleurs.

A l'usage, Thomas avait bien trouvé quelques défaut physiques, mais franchement, rien de rédhibitoire. Et Fanny était bien adaptée au climat de sa ville, Aix-en-Provence : une grosse tendance à la sieste câlineuse. Thomas aurait sans doute apprécié que les siestes soient un peu plus crapuleuses, mais ces longs moments de douceur et de lascivité étaient quand même particulièrement agréables... De plus, Thomas, à part faire de la musique avec ses potes n'avait pas d'autres envies, alors, pourquoi pas un câlin, quitte à évacuer une éventuelle béquille manuellement, dès qu'il rentrait chez lui. Enfin, chez ses parents, bien sûr.

Amoureux qu'il était, Thomas appréhendait déjà le départ de Fanny pour Rome pour 6 mois. Elle s'apprêtait à suivre un stage dans un cabinet de relations publiques. Fanny avait beau lui répéter qu'il n'y avait rien à craindre, Thomas était déjà jaloux avant l'heure. Il savait que Fanny était séduisante. Méfiante des hommes, certes, mais séduisante. Elle avait tout pour séduire un bellâtre italien. Fanny lui avait proposé de venir la voir régulièrement pour le rassurer, ce que, pour des raisons qu'il avait de la peine à s'expliquer et à lui expliquer, il n'était pas sûr de faire. Oh, bien sûr, il avait l'intention de venir, mais il lui semblait clair qu'il ne s'aventurerait pas régulièrement dans la parenthèse romaine de sa copine. Fanny avait bien compris cela, mais cela n'allait pas l'arrêter dans sa décision. Ce qu'on pouvait concéder à Fanny, c'est qu'elle savait ce qu'elle voulait faire de sa vie - étudiante, professionnelle, s'entend -, et qu'elle mettait les moyens en oeuvre. Comme disait Max, ce grand homme libre dans la fameuse chanson, elle savait "doser ses efforts", mais elle atteignait ses objectifs. Et elle ferait son stage jusqu'à fin juillet, comme prévu.

Bref, Fanny partait pour Rome, et ce n'était pas négociable... Tandis que Thomas la raccompagnait chez elle dans un de ces villages tout mignons tout provençaux jouxtant Aix, elle sentait monter ce mélange de petite appréhension, de grande excitation et d'impatience à peine contenue se répandre en elle jusqu'en son bas-ventre. Elle aurait presque pu avoir envie de refaire l'amour, mais là, elle avait hâte de donner congé à Thomas pour dormir un peu avant de faire ses bagages. Elle partait après-demain, mais elle avait déjà la tête à Rome. Et de toute façon, elle revoyait Thomas une dernière fois demain après-midi. A peine arrivée, elle embrassa furtivement le jeune homme et courra chez elle pour éviter la froidure de l'aube de cette fin d'hiver. Elle enfila le pyjama de son père qu'elle avait réquisitionné depuis bien longtemps et sombra rapidement dans un profond sommeil.